a tale for bioregions


Résidence de recherche sur le thème de la biorégion 
Avec Camille Morin


La notion de biorégion, apparue dans les années 70, semble être une approche du territoire vectrice d’un nouvel imaginaire pour nous engager dans reterritorialisation à la fois écologique et culturelle. Pourtant cette notion n’est que très peu connue et n’a pour l’instant trouvé que peu de répondant en terme de projets concrets. Comment cette notion pourrait changer notre manière de voir le territoire ? Quels nouveaux rites et usages en découleraient ? A travers la conception de différents artefacts nous avons cherché à inventer des objets-rituels qui donneraient à voir l’imaginaire de la biorégion.


Pour cette résidence, nous avons décidé de s’intéresser à la question de biorégion, porteuse d’un imaginaire mêlant culture et écologie qui nous semblait très fertile pour les questions de transition de territoires. 

Notre projet de résidence travaille la notion de biorégion. Souvent considéré comme une branche de l’écologie profonde et de l’environnementalisme radical, le biorégionalisme (conceptualisé et propagé par les activistes américains Peter Berg et Judy Goldhaft dans les années 1970-80), propose une approche proactive visant la formation d'une harmonie entre la culture humaine et l'environnement naturel. Pour faire territoire, le biorégionalisme ne pense pas en termes de frontières administratives, mais combine une série d’éléments spatiaux en s’appuyant sur les principes de l’écologie du paysage, de la biogéographie insulaire ou des espaces sociaux que chacun dessine. Technique, cette approche est aussi sociale, environnementale et philosophique. C’est une base de concertation et de démocratie locale pour vivre et comprendre autrement son territoire. A travers cette résidence nous avons cherché à créer un artefact, un outil à la fois social et culturel pour rendre palpable cette notion de biorégion et les modes de vies et rites qui pourraient s’en dégager.

Nous avons créé un moulin à poterie. Cet objet nous permet de reconnecter avec deux éléments fondamentaux du territoire: l'eau et la terre.  L'eau qui coule dans les vallées est comme les veines du territoire et les moulins disposés autrefois à son bord permettaient de nombreuses activités humaines. Les  différents villages étant liés par ce même fil bleu. La terre est marquée par ses strates géologiques qui contiennent aujourd'hui différentes argiles et roches, témoins de la superposition des différentes époques géologiques.

Notre proposition est celle-ci: et si nous inventions un moulin pour reconnecter avec ce territoire ? Avec ce moulin nomade, nous nous déplacerions le long de l'eau, de village en village pour recréer une vaisselle du territoire, comme un portrait de celui-ci. En nous greffant tantôt sur une source, une fontaine, une rivière, nous recréerions pour un instant une place publique et embarquerions le village pour une aventure biorégionale: un nouveau rite où, avec la terre alentour et la force de l'eau, nous tournerions une vaisselle teintée de l'imaginaire de chacun. Ainsi, chaque pièce, par la composition de sa terre où la vitesse à laquelle est a été tournée, sera habitée de l'esprit de son village et racontera les spécificités de son territoire.
Ainsi nous avons testé les différents sols argileux alentour pour mesurer leurs différences et révéler la continuité de matières qu’elles dessinent.  Notre résidence aboutira à la réalisation du prototype d’une roue à aubes actionnant un tour de potier. Avec cet artefact, nous souhaitons provoquer une rencontre entre les habitants des différents villages de la vallée et permettre à chacun de co-construire un service de table de territoire, un menu commun, un rite d’accueil et de partage. Une discussion pour mieux comprendre, faire lien et donc vivre nos territoires.


Cette résidence de recherche a été menée avec Camille Morin et portée par la Maison Forte, fabrique coopérative des transitions à Monbalen (Lot). 

Mot clés : Biorégion– Ecologie – Empowerment - Transition –Territoires - Rites – Récits – design social





vue sur le lac de Monbalen


Sous la terre l’argile


Les alluvions des cours d’eau


premiers tests pour extraire l’argile de la terre


les différents argiles trouvées sur site


prototype de l’artefact : un moulin à eau entraînant un tour à poterie


zoom sur les rouages du prototype 


prototypes de terre tournée

Crédits photos : Camille Morin & Rémi Buscot